Nos valeurs

1

« Nous croyons dans l’industrie », un entretien avec Cyrille Chevrillon

 

"Cyrille Chevrillon, comment définissez-vous votre métier d’investisseur ?

Cyrille Chevrillon : Le point qui me paraît essentiel dans la culture de notre groupe, c‘est son origine et son caractère familial. Cela nous donne la culture des racines, les nôtres, mais aussi celles des entreprises dans lesquelles nous investissons. Nous développons donc une vision assez différente de celle d’autres acteurs du capital investissement, qui cherchent davantage des dividendes que construire un projet de moyen et long terme. Nous bénéficions déjà d’une certaine ancienneté dans ce métier, nous savons que les cycles économiques existent, que les entreprises sont susceptibles de traverser des périodes de crise et qu’il faut leur permettre de les traverser en les renforçant et en les dotant de projets pérennes et solides. Nous ne sommes pas dans le court terme. Nous avons vu trop d’entreprises changer plusieurs fois d’actionnaires, sans bénéfices réels pour elles.

Comment choisissez-vous les entreprises dans lesquelles vous souhaitez investir ?

C.C. : Nous avons adopté une démarche que je crois assez innovante et qui consiste d’abord à repérer des tendances de fond dans l’économie, les technologies, la société, et nous regardons quelles sont les entreprises et les équipes dirigeantes qui nous paraissent avoir anticipé ces tendances et avec qui nous voulons jouer un rôle moteur.

Par exemple ?

C.C. : Dans l’imprimerie par exemple, nous n’avons pas suivi les avis de ceux qui avaient anticipé la mort du livre au profit des tablettes. Et nous avons construit le leader mondial de l’impression de livres. Nous avons tiré les conséquences du développement du travail des femmes en investissant dans Picard Surgelés, qui nous paraît apporter une réponse aux consommateurs qui ont de moins en moins de temps pour préparer les repas à la maison. Dans le rhum, nous avons vu que c’était le marché qui était en croissance partout dans le monde et nous avons identifié un réel potentiel de croissance en France. Dans l’un de nos récents investissements, Interflora, nous profitons du boom du e-commerce mais aussi de l’esprit de résilience dans la crise qui fera que l’on offrira toujours un bouquet de fleur aux personnes qui nous sont chères.  J’ajoute que c’est assez dans mon état d’esprit que d’aller souvent à rebours des idées dominantes… Notre slogan pourrait fort bien être « we believe in industry », alors qu’il est de bon ton de considérer qu’elle est en grand danger. Le bruit des machines, les défis techniques, logistiques, nous passionnent. 

Les relations entre les investisseurs et les équipes dirigeantes ne sont pas toujours très simples. Comment abordez-vous votre travail avec le management des entreprises dans lesquelles vous investissez ?

C.C : Nous n’adoptons jamais une attitude hostile vis à vis du management. Certes, nous sommes la plupart du temps en position d’actionnaire majoritaire, nous présidons le conseil de surveillance ou le conseil d’administration des entreprises dans lesquelles nous sommes majoritaires, mais nous construisons toujours le projet de développement avec le management, à qui nous donnons souvent l’opportunité de devenir eux aussi des actionnaires de leur entreprise. Nous croyons aux vertus  de l’autonomisation des équipes dirigeantes, cela donne le plus souvent des résultats remarquables.

Qu’est-ce qui déclenche la décision de vous séparer d’une entreprise dans laquelle vous êtes actionnaire ?

C.C. : Lorsque nous avons le sentiment que l’entreprise est parvenue à maturité, qu’elle a besoin de gestionnaires plutôt que de développeurs. Nous sommes des développeurs, et nous souhaitons rester dans cette logique."